« Prendre toujours conscience de la catholicité de l’Eglise »

Le 9 février 2019, signature de la charte de jumelage entre le diocèse de Sens-Auxerre et le diocèse de Ziguinchor. Mgr Hervé Giraud (à gauche) et Mgr Paul Mamba
Crédit : paroisse de Sens

Le 9 février 2019, Monseigneur Hervé Giraud, archevêque de Sens-Auxerre et prélat de la Mission de France, et Monseigneur Paul Mamba, évêque de Ziguinchor (Sénégal), ont signé une charte de jumelage entre les deux diocèses.

Que connaissiez-vous de l’Afrique avant votre nomination comme archevêque de Sens-Auxerre ?

Avant d’être nommé archevêque de Sens & Auxerre, je connaissais déjà l’Afrique et ses Églises locales. Comme évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin, j’avais notamment effectué un séjour au Bénin : nous avions des liens privilégiés avec le diocèse de Lokossa, et avec l’évêque de ce diocèse, nous avons travaillé à renforcer ces liens.

Votre diocèse accueille déjà trois prêtres du diocèse de Ziguinchor : les pères Jean-Michel Tendeng (curé des paroisses Sainte Colombe et Saint Bond du Sénonais), Samson Kantoussan (curé de la paroisse de Saint-Louis) et Célestin Badji (responsable de la pastorale des jeunes à Sens). Etait-il important de renforcer les liens avec un diocèse dont sont originaires trois de vos prêtres ?

Il est surtout essentiel de dépasser la simple apparence utilitaire de la coopération entre les diocèses : bénéficier de la présence de prêtres africains dans un diocèse français facilite l’effort pastoral qui souffre du petit nombre de prêtres, mais il ne faut pas perdre de vue que cela permet en premier lieu de prendre toujours mieux conscience de la catholicité de l’Église.

Comment avez-vous associé ces prêtres à la réflexion diocésaine autour de ce jumelage ?

Le projet de jumelage s’est élaboré peu à peu, à l’écoute des prêtres de Ziguinchor en mission dans notre diocèse, mais aussi avec les avis exprimés par le Conseil presbytéral de Ziguinchor et son évêque, Mgr Mamba. Il est évident qu’un partenariat ne peut pas se construire de façon unilatérale. Et il aurait été intéressant que Mgr Mamba participe lui-aussi à cette interview !

Depuis combien de temps évoquez-vous avec Mgr Paul Mamba d’un partenariat ?

En rencontrant Mgr Mamba, à l’automne 2015, nous avions pu déjà, ensemble, évoquer, si ce n’est précisément ce jumelage, au-moins l’importance que nous accordions mutuellement à ce que la collaboration entre nos Églises locales repose sur des bases solides.

Comment se sont déroulés vos échanges ? Avez-vous visité le diocèse de Ziguinchor ?

 Mgr Mamba m’a fraternellement accueilli à Ziguinchor, à l’été 2017, et m’a même fait l’honneur de me demander de présider les ordinations, dans sa cathédrale. C’est certainement le souvenir le plus impressionnant de ce séjour qui m’a permis de m’immerger dans ce diocèse très attachant.

« Il ne s’agit pas de trouver en l’autre une roue de secours, de profiter de ses atouts, mais de s’enrichir mutuellement de nos expériences, de nos projets, dans le service, l’annonce et la célébration d’une même foi. »

Le 9 février dernier, vous avez donc signé une charte avec Mgr Paul Mamba, évêque de Ziguinchor. Dans son homélie, Mgr Mamba rappelait que les deux diocèses sont « engagés dans la même mission du Christ. » Comment unir vos forces pour réaliser cette mission ? Dans votre message, vous citez le pape Jean-Paul II : « En un monde qui devient toujours plus petit par suite de l’abolition des distances, les communautés ecclésiales doivent s’unir entre elles, échanger leurs énergies et leurs moyens, s’engager ensemble dans l’unique et commune mission d’annoncer et de vivre l’Evangile. Les jeunes Eglises ont besoin de la force des Eglises anciennes, et en même temps, celles-ci ont besoin du témoignage et de l’impulsion des jeunes Eglises, de sorte que chacune de ces Eglises puise dans la richesse des autres. » (Christifideles laici 35). Vous avez trois prêtres du diocèse de Ziguinchor, mais ce n’est pas la seule richesse de ce diocèse. Qu’attendez-vous de cette jeune Église pour votre diocèse de Sens-Auxerre ?

Être engagé dans la même mission et dans le cadre d’un jumelage signifie qu’on ne partage pas seulement les richesses mais aussi les pauvretés de chacun. C’est ainsi que la pensée de Jean-Paul II qui a été effectivement citée dans la charte de jumelage prend tout son sens. Il ne s’agit pas de trouver en l’autre une roue de secours, de profiter de ses atouts, mais de s’enrichir mutuellement de nos expériences, de nos projets, dans le service, l’annonce et la célébration d’une même foi.

Crédit : paroisse de Sens
Mgr Hervé Giraud et Mgr Paul Mamba

Nous le savons, le diocèse de Ziguinchor attend beaucoup des diocèses aînés. Il est jumelé avec le diocèse français de Valence qui l’a accompagné dans son synode ces dernières années. Que peut apporter votre Église ?

Le diocèse de Ziguinchor attend certainement des diocèses aînés, mais ces mêmes diocèses peuvent attendre aussi beaucoup de lui. En visitant une Église jeune, on est toujours frappé de la vivacité qui lui permet de dépasser d’éventuelles difficultés, de sa confiance en l’avenir ; elle prend aussi à son tour conscience qu’elle est en mesure d’aider les diocèses aînés d’où venaient les missionnaires qui leur ont porté l’Évangile.

Comment positionnez-vous votre diocèse dans ce jumelage vis-à-vis de celui de Valence ? En avez-vous parlé avec Mgr Michel ou ses représentants ?

Il ne saurait y avoir de concurrence entre les diocèses.  L’amour d’une mère se partage entre tous ses enfants, aussi nombreux soient-ils ! Pareillement, les liens particuliers de collaboration entre le diocèse de Ziguinchor et les diocèses de France avec lesquels il entretient des relations de partenariat ne feront que renforcer cette synergie.

Dans votre charte, vous évoquez la possibilité d’un jumelage de communautés (paroisses ou écoles). Existe-t-il déjà des liens ?

La paroisse Notre-Dame de Montréal avait déjà, à travers une association fondée à l’initiative d’un prêtre de Ziguinchor en mission dans l’Yonne, des liens particuliers d’entraide avec le Sénégal. Cette initiative comme d’autres propositions associatives ou institutionnelles pourront désormais être intégrées et fédérées de façon plus naturelle à l’action du diocèse. Des projets concernant les échanges entre établissements scolaires devraient également voir le jour.  

Comment les fidèles de votre diocèse ont-ils réagi à l’annonce de ce partenariat ?

Les fidèles les plus réactifs sont évidemment et sans conteste les paroissiens qui bénéficient du ministère d’un prêtre de Ziguinchor. Cela montre d’autant qu’il était utile de faire prendre conscience à l’ensemble de la communauté diocésaine de l’enrichissement qui naît de cet échange. Tous les fidèles présents ont apprécié ce moment important de la signature du jumelage. Ils ont expérimenté ainsi la catholicité de l’Église.

Vous insistez sur « une communion de prière, particulièrement aux temps forts de chaque diocèse ». Pourquoi ?

Il est essentiel, je le disais, de dépasser la vision utilitariste d’un partenariat. Dans ce but, la manifestation la plus simple et la plus immédiate d’une véritable communion s’exprime, à mon sens, à travers l’union de prière, dans l’action de grâce comme dans les difficultés. Ce jumelage est aussi l’expression d’une ecclésiologie de communion.

Quelles sont les futurs rendez-vous ou étapes du jumelage ?

Les étapes de maturation de la charte de jumelage et de signature sont désormais franchies. Il s’agit donc maintenant d’inscrire les éléments de ce projet dans l’ordinaire de la vie de nos Églises locales. Un prêtre de Ziguinchor a été nommé au Conseil presbytéral de Sens & Auxerre, des établissements scolaires des deux diocèses vont nouer des rapports de connaissance et d’entraide, des informations seront échangées sur nos préoccupations mutuelles dans leurs médias respectifs… c’est maintenant la phase concrète du jumelage.

Allez-vous y envoyer des prêtres fidei donum ?

Ce sera peut-être là l’aboutissement complet de ce processus de jumelage et l’illustration de ce qu’il vise : être un véritable échange entre deux Églises. Dans l’immédiat, le presbyterium du diocèse de Sens & Auxerre peut paraître trop réduit pour permettre d’envoyer à Ziguinchor un de ses membres. Mais si un de ces prêtres le souhaitait et qu’un prêtre de Ziguinchor exprimait le désir de venir servir en France pendant ce même temps, le projet pourrait sans doute se concrétiser.

Quand rendez-vous visite au diocèse de Ziguinchor ?

Mgr Mamba m’a cordialement invité à revenir à Ziguinchor et il sait qu’il est tout aussi fraternellement attendu à Sens & Auxerre. Mon vicaire-général est aussi allé en Casamance pour évoquer le jumelage et découvrir cette Église locale. Il faut peut-être maintenant que les fidèles eux-aussi, notamment ceux en responsabilité, se risquent à cette aventure de la visitation d’Église.

Propos recueillis par Julien Serey

Peuples du Monde n°484

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