L’évangélisation à deux vitesses, c’est fini !

France, terre de mission ? Quelle interpellation ! Et pourtant, voici qu’un salutaire message arrive de Rome.

Pour réformer le gouvernement du Saint-Siège, le pape François et le conseil de cardinaux qui l’aide dans cette tâche ont entrepris une restructuration des « dicastères », les ministères constitutifs de la Curie. Après tout, les regroupements, les nouvelles dénominations et même la hiérarchie des portefeuilles ministériels traduisent les choix politiques ou sociétaux d’un pays. Songeons, dans les gouvernements civils, à la place comparée des portefeuilles de l’environnement il y a quarante ans et aujourd’hui.

Or, la réforme de la Curie approche de la fin et devrait se traduire dans une nouvelle constitution apostolique, Praedicate evangelium. Y seront confirmées ces décisions déjà prises comme la création d’un dicastère pour le service du développement humain intégral, ou la réunion de tous les moyens d’expression publique de l’Eglise au sein de Vatican News.

Mais voici que s’annonce une ultime et profonde réforme, qu’a expliquée le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat : il s’agirait de la fusion de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples et du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation. Traditionnellement, la première traitait de l’action missionnaire dans les régions qui n’ont été ouvertes au catholicisme que depuis moins de deux ou trois siècles, alors que le second veillait à la « réévangélisation » des sociétés de tradition chrétienne dont beaucoup se sont éloignées de la foi. C’était un peu comme s’il y avait dans l’Eglise un « Sud » à conquérir et un « Nord » déjà acquis, mais affadi…

Voici donc l’excellente nouvelle : l’évangélisation à deux vitesses, si l’on peut dire, c’est fini ; le besoin d’évangélisation ne se divisera plus entre terres de mission et apanages historiques ; la vision future, c’est celle d’une seule et unique tâche, réconciliant les approches, les nourrissant l’une de l’autre. Cette réforme mettra ainsi l’accent sur la « conversion missionnaire » de l’Eglise, quel que soit le lieu ; c’est clairement l’une des priorités de François. On dit même que cette nouvelle Congrégation serait hiérarchiquement placée avant celle pour la doctrine de la foi.

En tout cas, nous voici éclairés : que la France et l’Europe soient aussi une terre de mission, cela n’a rien de négatif, c’est un chantier renouvelé à vivre pleinement dans l’Eglise du XXIe siècle.

Peuples du Monde n°484

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