« L’Eglise malgache peut nous stimuler »

Messe à Andevorante, en décembre 2014, avec le cardinal Désiré Tsarahazana, archevêque de Tamatave (à gauche), Mgr Paolo Rocco Gualtieri, nonce apostolique à Madagascar (au centre), et Mgr Jean Legrez, archevêque d’Albi (crédit : Diocèse d’Albi – comité du jumelage)

Depuis le XIXe siècle, le Tarn et Madagascar entretiennent des liens privilégiés. Des liens qui se sont encore renforcés, depuis quelques années, grâce au jumelage mis en place entre les diocèses de Monseigneur Jean Legrez, archevêque d’Albi, et de Monseigneur Désiré Tsarahazana, archevêque de Tamatave.

Quand est né le jumelage avec l’archidiocèse de Tamatave ?

Mgr Jean Legrez. A l’invitation de l’archevêque de Tamatave, je me suis rendu à Madagascar en décembre 2014. Après ce séjour, j’ai proposé un projet de jumelage. Ce dernier a démarré en 2015.

En décembre 2014, vous avez assisté à la consécration de la chapelle sur le lieu du martyre de Mgr Henri de Solages, missionnaire tarnais, préfet apostolique de l’Île Bourbon (aujourd’hui la Réunion), de Madagascar et des îles du Pacifique. Qu’avez-vous ressenti ?

Chaque année, le dimanche le plus près du 8 décembre, les Malgaches commémorent le martyre de Monseigneur Henri de Solages. C’est une fête traditionnelle durant laquelle ils viennent se rassembler dans le village où Mgr Henri de Solages est mort, nous pouvons le dire, en « martyr ». Enfermé dans une case, les villageois ne pouvaient ni lui parler, ni le nourrir ou lui donner à boire. Il est décédé huit jours plus tard, le 8 décembre 1832. Un siècle après sa mort, grâce au souvenir des villageois, ses ossements ont été retrouvés. Ces restes ont alors été transportés dans la cathédrale de Tamatave dont la construction s’achevait.

Andevoranto, lieu du martyre, reste pour les Malgaches un lieu de pèlerinage. Entre mille et deux mille personnes viennent prier chaque 8 décembre. Avec le soutien de la famille Solages, une chapelle a été construite sur l’emplacement même où le corps du missionnaire tarnais a été découvert. Cette chapelle peut accueillir deux cents personnes, quotidiennement ; cependant, sa conception permet de célébrer pour mille cinq cents personnes à l’extérieur. Le célébrant est alors face à la mer. Je vous avoue avoir été très bouleversé de concélébrer pour cet anniversaire. Au XIXe siècle, rejoindre la Réunion puis Madagascar était un long voyage, et Mgr de Solages est mort face à cette mer par laquelle il était arrivé.

Chaque année, le dimanche le plus près du 8 décembre, les Malgaches commémorent le martyre de Monseigneur Henri de Solages. C’est une fête traditionnelle durant laquelle ils viennent se rassembler dans le village où Mgr Henri de Solages est mort, nous pouvons le dire, en « martyr ».

Que pouvez-vous nous dire de la béatification de Mgr Henri de Solages ?

Au XIXe siècle, le pape envoie Mgr de Solages pour l’ensemble de l’océan indien. Il a vécu deux à trois ans à la Réunion, avant de rejoindre la grande île. A l’époque la souveraine était anti-catholique. Mgr de Solages n’avait pas le droit de circuler et devait rester à Tamatave alors qu’il voulait se rendre à Tamatarive pour rencontrer la reine… Or, il désobéit. Il est alors arrêté et condamné à mort.  

Le premier missionnaire catholique est un autre tarnais, le père Pierre Dalmond, qui avait accompagné Mgr de Solages dans son voyage à la Réunion, et qui dans la petite île Sainte-Marie a procédé aux premiers baptêmes.

Finalement, Mgr de Solages est resté cinq mois à Madagascar. Son rêve était de devenir missionnaire. La mer l’a apporté à Tamatave où il a été réduit à l’impuissance. Il est mort un 8 décembre, c’est quand même un signe pour moi. Le procès en béatification est engagé mais nous n’avons quasiment pas de documents, le dossier est peu épais. Pour l’instant, la cause avance peu.

Le Tarn était-il déjà très représenté à Madagascar ?

Deux congrégations religieuses du Tarn, les Filles de la charité du Sacré-Cœur de Jésus et les Sœurs du Bon Sauveur, maintenant Sœurs missionnaires de l’Evangile, avaient fondé des communautés dans l’île. A Madagascar, ces congrégations connaissent de nombreuses vocations, des sœurs jeunes.  J’ai pu les rencontrer. Elles tiennent des écoles, des lieux d’accueil pour les malades psychiatriques. C’est magnifique ce qu’elles font. Il existe des liens très étroits entre ce pays et le Tarn depuis fort longtemps.

Comment se vit le jumelage ?

Nous avons, dans chaque diocèse, un comité de jumelage composé de prêtres et de laïcs. Cela fonctionne bien. Une charte a été écrite pour le faire vivre. Nous apprenons à nous connaître, à apprivoiser nos manières de travailler. Il faut être patient. Le cardinal Désiré et moi-même sommes très favorables à maintenir des liens entre nos deux diocèses, qui ont depuis le XIXe siècle toujours existé. Le cardinal connaît bien notre diocèse. En effet, étudiant à Lyon, il avait effectué pendant un été un remplacement dans le Tarn. Ce partenariat doit nous aider à prendre conscience de la catholicité de l’Eglise. Le Tarn c’est bien, mais l’univers est passionnant. Un jumelage donne une ouverture. Mais il doit être organisé.

Plus concrètement, sur le terrain ?

Ce qui est premier pour moi : l’aspect spirituel. Chaque premier dimanche de chaque mois, nous avons une intention commune lors de la prière universelle. Il faut prier les uns pour les autres.

Ensuite, en second plan : établir des relations amicales. Chaque 8 décembre, des Tarnais sont présents à Tamatave pour le pèlerinage en l’honneur de Mgr de Solages. J’y suis allé, j’y retournerais sans doute ; un séminariste du diocèse en stage à Madagascar y a aussi assisté. Des laïcs du comité de jumelage y participent également.

Enfin, en troisième lieu : une aide matérielle. Nous nous sommes mobilisés en 2018 pour soutenir le diocèse de Tamatave qui avait été dévasté par le cyclone Ava. L’aide matérielle ne doit pas être première. Elle doit aussi être organisée pour aider véritablement les personnes les plus démunies et avoir le souci du développement de tous.

Et des échanges ?

Oui, nous avons envoyé un séminariste pendant deux années. Nous accueillons un prêtre Fidei Donum que nous formons aux archives à la demande de l’archevêque. Mais il faut être attentif. C’est difficile pour un prêtre de Madagascar d’entrer dans nos réalités. Là-bas, vous avez des jeunes partout, dans nos diocèses ruraux, les jeunes sont rares. Ensuite, nous avons un climat différent, une certaine solitude. C’est délicat. La première année peut être un choc.

Comment un jumelage peut-il raviver l’élan missionnaire de votre diocèse ?

Que le ciel vous entende… Je le souhaite. Là-bas, il y a une ferveur, une Eglise jeune… mais aussi des fragilités. Nous aussi connaissons des fragilités. Je pense qu’à mieux se connaître, nous pourrons dynamiser notre « vieille » Eglise. Je crois que l’Eglise malgache peut nous stimuler, nous donner des idées pour la communion entre nous. Cela peut être fécond.

Le 29 juin 2018, le pape François a créé cardinal Mgr Désiré Tsarahazana, archevêque de Tamatave. Quelle fut votre réaction à cette nouvelle ?

Nous avons des relations très faciles, très fraternelles. Je suis heureux pour lui. C’est un homme honnête, droit et de bon sens. Cette annonce l’a étonné, mais c’est une bonne nouvelle pour l’Eglise malgache. Président de la conférence épiscopale, il a pris des positions très courageuses contre la corruption. Il est aussi engagé dans la lutte contre la pauvreté. Maintenant qu’il est cardinal, je compte bien sur son soutien auprès de la congrégation pour la cause des saints à Rome pour faire bouger le dossier de la béatification de Mgr de Solages.

Quel est le prochain rendez-vous de ce jumelage ?

Dans quelques jours, le cardinal Désiré sera présent à la fête de la Sainte-Cécile à Albi, le 17 novembre.

Propos recueillis par Julien Serey

Peuples du Monde n° 485

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